Entre 94 et 98, après l'université de Cocody, j'ai fait l'Université de la plage. À Sassandra (Côte d'Ivoire), un soir de cuite (matière principal, coefficient 7) alors que je devisais-délirais avec des pêcheurs appoloniens, l'un d'eux m'explique que nous sommes à l'endroit même où Nkrumah séchait son poisson. Je ris. Kwame Nkrumah n'était pas pêcheur de poissons mais  de consciences noires. Ils rient. Ils parlent pas de lui, mais de son père.

L'homme aurait passé toute sa vie là, en pays Kru dont il connaissait toutes les traditions, facilitant l'installation des nouveaux venus appoloniens, d'où son surnom Nkrumah, l'homme des Kru ou du pays Kru. Il serait mort et enterré là, ont-ils certifié. Evidemment, je n'ai trouvé aucune tombe, tellement il y a des lieux d'inhumations présumés.

Mais, le bien était fait, la véracité ne compte pas devant le conte. Je suis rentré à Cocody avec ma part ivoirienne de Kwame Nkrumah qui m'a jeté aux bras de nombreuses (re)lectures coloniales qui ont peaufiné mon éducation politique et artistique. Camarade Papa doit beaucoup à cette soirée où j'ai compris le rapport Krumen-Appolo. Ce jour-là, Èzan mon mentor en koutoukou (matière secondaire, coefficient 4) m'a appris autre chose :  "Osagyefo (le rédempteur, surnom de Nkrumah), il a fait comme son papa, il a épousé une étrangère pour mieux comprendre la terre".

Cette phrase énigmatique, ça m'a pris 20 ans pour la comprendre... À la rédemption de tou.te.s les disparues de nos Histoires Illustration : Fathia & Kwame Nkrumah,  et sa fille Samia Nkrumah.

Armand Gauz