Tuez Sankara, des milliers de Sankara naîtrons !

Tuez Sankara, des milliers de Sankara naîtrons !

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« Tuez Sankara, des milliers de Sankara naîtrons ! » sur cette affirmation, quelques mois avant sa mort, Sankara répondait, aux  rumeurs de son assassinat imminent. Triste destin que celui d’homme éclairé, lorsque même le futur nous est acquis. Car oui, Thomas Sankara n’ignorait pas que ceux qui enlèvent le bâillon des peuples ont la vie bien courte. Jean Ziegler relate d’ailleurs que lors d’une discussion ou Sankara s’interrogeait sur la mort du Ché Guevara (39 ans), il aurait conclu.. « arriverais-je seulement jusque là ». A sa mort, Noël Isidore Thomas Sankara avait 37 ans, et avec lui, s’en allait la vision d’un idéal en construction, jamais achevé.

Thomas Sankara aura fait ce qu’aucun autre avant lui : au-delà des nombreux discours, au-delà de l’image du tribun galvanisant les foules, il fut l’architecte d’une nouvelle façon de vivre, d’agir et de réfléchir sa condition. Un état de fait suivi d’actes concrets qui en 4 ans de gouvernance auront permis à l’ancienne Haute-Volta de devenir « Burkina Faso » un pays capable de bousculer le socle de la France-Afrique, de faire frémir, dictateurs, politiciens et industriels. Entre les campagnes d’alphabétisation, les opérations commando pour la vaccination, les interventions sur la scène internationale en faveur de l’Afrique et des opprimés, les reformes gouvernementales, la fulgurance de ces 4 ans laissent peu de place à ses détracteurs pour asseoir leurs arguments. On lui reproche quelques dérives de ses comités, on lui reproche certaines arrestations arbitraires, on lui reproche surtout d’être la personnification d’une politique non politicienne, proche du peuple et de ses attentes. Car oui “le capitaine” est dangereux.

Irrévérencieux et provocateur, il renvoie la politique à son essence littérale, dans l’axe du peuple et démontre l’humilité nécessaire à la fonction. Sa malice, lui fera par exemple réquisitionner le jet privé de Mouammar Kadhafi, lui faisant ainsi admettre ses liens ambigus avec la France et la Côte d’Ivoire motivés par le seul intérêt, C’est également avec malice qu’il trouvera le surnom de « tonton » à François Mitterand lors de sa venue au Burkina, allusion à peine déguisée au paternalisme dévoyé dont fait preuve la France envers l’Afrique. A une époque où la médiatisation est en plein essor, où le monde du libéralisme commence à poser la question de l’éthique, il est l’étendard d’une autre voie de pensée, dont l’application est tout à fait crédible et vérifiable. Il est le porte parole d’une humanité unie à travers le prisme du combat de l’Afrique pour son indépendance.

Orateur hors pair, sa carrière est fleurie de discours intemporels déclamés avec assurance, devant ceux même qu’il accuse. On retiendra le discours sur la dette à Addis Abéda le 29 juillet 1987, mais également la joute verbale contre Mittérand le 17 novembre 1986 et qui achèvera de convaincre le Français de la nécessité de faire taire Sankara. Sankara dont la voie dénonce, refuse de se rompre devant la collusion des États. Ayant plusieurs fois essayé de retourner le peuple contre le mentor, mais avec peu de résultat c’est l’assassinat qui sera le moyen pour les comploteurs du pouvoir d’éteindre ce feu de révolte.

Assassinat ?  le mot est tout juste chuchoté quand il est hurlé par le peuple, car si, par la suite, M. Compaoré et son éminence la très grise Dienderé entraînèrent le tout jeune Burkina Faso dans la droite ligne de de la collaboration France-Afrique (pour un long regne de 27 ans), ce ne fut pour autant pas la résignation des hommes intègres. Car, fidèles à la pensée du gringo Sankara, les milliers de Sankara ont effectivement vu le jour et des la maturité nécessaire acquise, ils se sont levés d’un seul homme une première fois pour libérer le fauteuil présidentiel en octobre 2014, une seconde fois l’année d’après pour garantir sa juste transmission.  Des collectifs, des artistes, des personnalités littéraires (on citera les chanteurs Smockey et sams’K le jah à l’initiative du collectif « balai citoyen ») se relaient à l’instar de Sankara, pour encourager chaque jours, par des déclarations, la juste action du peuple Burkinabé, imposant à la CEDEAO, La France et au Senégal une reconnaissance de l’acte démocratique.

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